Préparation du sol au printemps : Gare aux lissages et compactions

Le printemps pointe le bout de son nez, apportant avec lui le beau temps et la possibilité d’aborder les terres, en vue des semis de printemps. La préparation (ou non) du sol et le semis sont des étapes déterminantes pour la réussite d’une culture. Même si nous sommes souvent pressés d’accéder aux champs, la patience reste généralement de mise si nous voulons mettre toutes les chances de notre côté, limiter les lissages et assurer un bon enracinement et un bon développement des cultures de printemps.

L’observation, le maître-mot
Humidité des mottes, couleur plus ou moins foncée du sol, traces de pas ou marquage des passages de roues, l’état de surface d’un sol s’observe assez facilement sans outils spécifiques. En revanche, il est beaucoup plus compliqué de faire un diagnostic des horizons plus profonds (25-30cm), qui sont tout aussi importants à observer si on veut minimiser le risque de tassement ou de lissage. Un seul moyen pour y arriver :  y planter une bêche ! En prélevant une bêchée de sol, on peut apprécier l’humidité de sol sur l’ensemble du profil, en essayant de désagréger des mottes à différentes profondeurs et en observant leur comportement. Ce "test bêche" est également un moment propice pour observer les éventuels défauts de structure et tenter d’y remédier.

Illustration motte de terre 1

Source Photo @Arvalis Institut du Végétal 


Les outils de travail du sol, quels qu’ils soient, peuvent créer du lissage s’ils sont utilisés en conditions humides. Essayer de décompacter dans un sol encore mouillé équivaut à passer un couteau dans du beurre mou ! La dent ne va pas restructurer le sol mais bien créer du lissage vertical. C’est également le cas pour les outils de préparation du sol, principalement déchaumeurs à disques et surtout outils animés qui peuvent conduire à de sévères lissages horizontaux, comme nous l’avons vécu au printemps 2023. Moins visible mais tout aussi dommageable, la compaction résultant du passages des tracteurs sur un sol encore humide doit aussi être limitée au maximum.

Lissage greenotelex 1

Photos: A gauche : Lissage vertical , crée par une dent de décompaction. A droite. Lissage horizontal, crée par un passage de rotative en condition humide.



Les défauts de structure occasionnés auront un impact à long terme. Ils seront d’autant plus marqués que la saison culturale est sèche et que la culture a un cycle court (légume, lin), un enracinement s'il est peu vigoureux (pois, pdt) ou pivotant (betteraves, colza), il sera peu enclin à contourner les zones lissées/compactées (maïs, tournesol). Les pertes de rendement peuvent aller de 30% à 100% dans le cas d'une culture non récoltée.

Adapter son itinéraire technique à chaque parcelle
Dans un monde idéal, il faudrait adapter son itinéraire technique (matériel, date d’intervention) à chaque champ. Les parcelles non labourées se ressuient généralement moins vite que les parcelles labourées, où la capillarité a été rompue. Il faudra donc attendre quelques jours de plus avant d’intervenir. Les cultures compenseront majoritairement ce léger retard en s’enracinant plus vite et plus profondément. Les couverts détruits et non mulchés peuvent également limiter l’évaporation de l’eau en limitant le réchauffement du sol. En revanche, les couverts vivants/repousses de culture, via la reprise de la photosynthèse et l’évapotranspiration, réessuient plus homogènement l’ensemble du profil ou ils sont enracinés et peuvent donc être des alliés en conditions humides. Une destruction un mois avant la date de semis souhaitée est généralement un bon compromis.